Côte d’Ivoire : La vraie motivation derrière le 4ᵉ mandat de Ouattara
Le président ivoirien Alassane Ouattara a annoncé, le 29 juillet dernier, sa candidature pour un quatrième mandat présidentiel.
Le chef de l’État a avancé plusieurs arguments pour justifier cette décision, alors qu’il avait pourtant promis, en mars 2020, de ne plus briguer de mandat supplémentaire après le troisième obtenu à la suite de la disparition soudaine de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly.
Parmi les raisons évoquées figurent : la Constitution, sa bonne santé, ainsi que les défis sécuritaires, économiques et monétaires « sans précédent » dont la gestion exigerait, selon lui, une personne expérimentée. Il s’autoproclame d’ailleurs le meilleur choix parmi les économistes et hauts cadres de l’État, malgré un bilan mitigé de sa carrière passée au FMI.
En réalité, le troisième argument avancé par le fils de Sindou mérite une attention particulière. Si la constitution, qu’il semble avoir modifiée à sa guise pour des raisons qui s’apparentent purement politique, son troisième argument laisse penser que Alassane Ouattara n’est pas prêt à lâcher le levier le plus précieux de Paris en Afrique de l’Ouest: le franc CFA
En effet, la sous-région traverse l’une des périodes politiques les plus turbulentes de son histoire, avec la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2023 et la volonté affichée de ses dirigeants de s’affranchir de toute tutelle étrangère. Le franc CFA, monnaie commune à 14 pays d’Afrique de l’Ouest, est au cœur des débats, entre peuples qui exigent sa disparition et certains dirigeants qui affichent clairement leur volonté de tourner la page.
Au trio sahélien s’ajoute le très redoutable panafricaniste Ousmane Sonko, ce dernier ayant affirmé que le CFA « devra être ce que nous voulons, sinon le Sénégal prendra ses responsabilités ». Une déclaration qui, venant d’un premier ministre de la deuxième puissance économique de la zone francophone, ne laisse pas Alassane Dramane Ouattara indifférent.
Face à ces menaces pour l’ordre monétaire qu’il défend, Ouattara se montrerait déterminé à contrer toute initiative visant à mettre fin à cette monnaie coloniale, surtout certaines de ses ramifications qui permettent à la France d’avoir la mainmise sur les économies des 14 pays. En tant que l’un des derniers soutiens ouverts de cette monnaie, l’homme a déjà prouvé dans le passé de par ses actions, qu’il était prêt à tout pour défendre ses positions et celles de la France.
Les chefs d’État ouest-africains prônant la souveraineté doivent donc rester vigilants face à un homme politique qui ne cache pas ses véritables intentions et qui semble prêt à tout pour atteindre ses objectifs.
Selon plusieurs analystes, face à un tel dirigeant, seule une décision politique forte pourrait faire bouger les lignes. Ni les congrès, ni les forums, ni les conclaves ne feront fléchir un soutien aussi ferme à la politique française en Afrique.
D’ailleurs, en 2019, à l’occasion de l’anniversaire du président français Emmanuel Macron, l’actuel Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé, avait déclaré que: ‹‹…nous serons en Côte d’Ivoire et en Afrique, le noyau dur et indissoluble de votre soutien tout au long de votre vie ». Une déclaration qui illustre un attachement assumé à l’ancienne puissance coloniale des dirigeants actuels de Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, seule une ligne politique ferme, incarnée par les panafricanistes de l’AES et du Sénégal, peut freiner Ouattara.
Car malgré son âge, il semble encore sourd à l’aspiration de la jeunesse ouest-africaine qui ne veut plus de dépendance mais une vraie souveraineté.
Le fils d’Adjamé ✍️