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Coup d’État au Bénin : La CEDEAO face au miroir de ses propres contradictions

Depuis l’annonce du récent coup d’État survenu au Bénin au cours de la matinée du dimanche 7 décembre 2025, la scène diplomatique sous-régionale et continentale est en ébullition. Des acteurs majeurs, tels que l’Union Africaine (UA) et surtout la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), multiplient les réactions, principalement sous la forme de communiqués officiels. Le dernier communiqué en date de la CEDEAO, en particulier, fait état de l’intention d’envoyer des troupes au Bénin, composées de contingents issus de la Côte d’Ivoire, de la Sierra Leone, du Nigeria et du Ghana, afin de soutenir l’armée béninoise face à la crise socio-militaire en cours. Cette réaction est, formellement, conforme à la vocation de l’organisation de préserver l’ordre constitutionnel.

Cependant, au-delà de la façade institutionnelle, cette diligence de la CEDEAO révèle une profonde et amère contradiction. Si la promptitude de l’organisation à réagir est logique dans sa propre dynamique à savoir celle de sauvegarder les « fauteuils présidentiels » de ses membres, elle doit être déplorée et dénoncée par rapport à d’autres agissements.

En effet, pour des causes pourtant plus urgentes et des situations d’insécurité criantes menaçant directement la vie de plusieurs milliers de civils, la CEDEAO s’est illustrée par une inaction remarquable, voire une complicité passive avec la mort de plusieurs civils. Par exemple, les pays aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont été, et sont toujours, confrontés à des menaces terroristes.

A l’époque, face à cette urgence vitale, ces nations n’ont bénéficié d’aucun soutien humain, militaire, matériel, et encore moins financier de la part de la CEDEAO dans le but de protéger leurs populations. Aujourd’hui, ces pays se sont émancipés de cette assistance et mieux arrivent à tirer leur épingle du jeu pour le bien-être de leur population du Sahel.

C’est dire donc que le contraste est saisissant. Une mobilisation militaire immédiate contre un changement de régime, mais un silence coupable et une inertie face à la barbarie qui décime des populations entières.

Cette double norme met clairement en lumière une mauvaise foi érigée en mode de gouvernance au sein de cette structure. Les dirigeants de la CEDEAO ne semblent réagir que lorsque le statut de leur pair est menacé, prouvant que cette organisation sous-régionale s’est muée en un véritable club d’amis présidents se soutenant de manière égoïste.

C’est la preuve palpable que la CEDEAO est en déphasage complet avec les aspirations profondes de ses peuples. Le soutien à des Chefs d’États prime-t-il sur l’intérêt supérieur des nations elles-mêmes ? Sommes-nous tenter de nous interroger.

On ne peut ignorer la levée de boucliers et les sanctions économiques sévères imposées au Niger à la suite du coup d’État, qui ont touché l’ensemble de la population, contrastant avec la lenteur ou la tiédeur des réponses collectives face à des massacres de civils dans certaines zones frontalières ou des crises humanitaires aiguës dans la région. En réalité, l’impératif de la souveraineté et de l’émancipation est sans appel et s’impose comme le soleil qui brille et qui ne peut être caché par la paume des mains.

En effet, la situation au Bénin n’est qu’une nouvelle démonstration de cette fracture. Une chose est certaine : aucune force, qu’elle soit sous-régionale ou impérialiste, ne peut durablement entraver un peuple qui veut prendre son destin en main et aspire à l’épanouissement.

Les peuples africains, épris de justice, de progrès et de liberté, réclament l’émancipation de ces structures qu’ils jugent désormais obsolètes et partisanes. La souveraineté des peuples et des nations est non négociable. Les États impérialistes, qu’il s’agisse de la France ou de ses alliés en Afrique, doivent le comprendre à leurs propres dépens. Tôt ou tard, l’émancipation populaire triomphera. La CEDEAO, si elle veut conserver une once de légitimité, doit impérativement prendre le train du peuple en marche pour opérer sa propre mue. À bon entendeur, salut !

Par Soumoubienkô KI✍️

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