Présence militaire française au Bénin : simple coopération ou redéploiement stratégique face à la dynamique de l’Alliance des États du Sahel ?
Des mouvements aériens inhabituels observés dans la nuit au centre du Bénin suscitent interrogations et commentaires. Selon le média canadien Be Africa, deux avions gros porteurs de l’armée française auraient atterri à l’aéroport de Tourou, situé à une quinzaine de kilomètres de Parakou. Habituellement fermé au trafic commercial et réservé à des usages spécifiques, le site abriterait déjà une présence militaire évoquée par plusieurs sources médiatiques.

D’après ces informations, les appareils auraient transité par Abidjan avant de décoller de Pau, dans le sud de la France, où est basé le 4ᵉ régiment d’hélicoptères des forces spéciales françaises. Ces éléments alimentent les spéculations sur une possible intensification des activités militaires françaises au Bénin et, plus largement, dans la sous-région ouest-africaine.
Le contexte régional demeure marqué par des tensions existantes entre Paris et les pays membres de l’Alliance des États du Sahel. Les recompositions diplomatiques en cours, les repositionnements stratégiques et les enjeux sécuritaires liés à la lutte contre le terrorisme entretiennent un climat de méfiance et de contrôle strict.

Depuis les retraits successifs des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la France cherche à redéfinir son dispositif militaire en Afrique de l’Ouest. Certains analystes avancent ainsi l’hypothèse d’initiatives visant à consolider des partenariats historiques, dont celui entre la France et le Bénin dirigé par le président Patrice TALON.
Parallèlement, l’Alliance des États du Sahel poursuit une dynamique affirmée de reconquête et de consolidation de sa souveraineté. Les autorités des pays membres revendiquent une nouvelle orientation stratégique fondée sur l’autonomie décisionnelle, la diversification des partenariats et la maîtrise des enjeux sécuritaires.
Cette posture contribue à redessiner les équilibres régionaux et à modifier les rapports traditionnels entre puissances extérieures et États sahéliens.
Toutefois, à ce stade, aucune communication officielle des autorités françaises ou béninoises ne confirme la nature exacte de ces mouvements. En matière de coopération militaire, les accords bilatéraux prévoient généralement des dispositifs de formation, de renseignement ou d’appui logistique.
Du reste, dans un environnement régional sensible, la transparence institutionnelle apparaît essentielle pour dissiper les doutes. Les opinions publiques, tant au Bénin qu’en France et dans l’espace sahélien, sont en droit d’être informées des engagements pris en leur nom.
Seule une clarification officielle permettra de déterminer s’il s’agit d’une coopération sécuritaire classique ou d’un repositionnement stratégique plus large dans une région en pleine recomposition géopolitique.
Ismaël Kiekieta ✍🏼
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