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[Burkina_Faso] Sécurité-Reconquête/Région de Bankui : À NaamPanga, la vie triomphe de la terreur

Les opérations de reconquête du territoire national se poursuivent avec une victoire éclatante sur les groupes armés terroristes grâce à l’engagement des forces combattantes. Dans la région du Bankui, plus précisément à NaamPanga ( nom d’emprunt), un village situé à plus d’une dizaine de kilomètres d’un département de la région, la vie reprend son cours, marquée par un retour progressif des populations depuis quelques mois, après avoir été durablement éprouvée par l’action des groupes armés terroristes.

Ce lundi 15 septembre 2025, une équipe de journalistes, dont un reporter de Faso VoxPress, à l’initiative du ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme et du ministère de la Défense et des Anciens Combattants, a effectué une visite de terrain pour constater de visu la reprise des activités dans cette zone nouvellement reconquise après être tombée sous le contrôle des groupes armés terroristes en 2023.

                    Démarré à Ouagadougou le dimanche 14 septembre dans la matinée, nous sommes arrivés à la capitale de la province aux alentours de 16h. La fatigue se fait sentir après un long trajet de plus de 240 km. L’équipe décide de faire escale et d’y passer la nuit. Le lendemain à 6h40, nous embarquons dans le car, destination Camp Nazi-Boni du 51e Régiment d’Infanterie Commando. Rendez-vous est pris à 7h15 avec le Commandant Belemkoaba du 51e RIC.

Après les salutations et consignes prises, une unité est mobilisée pour nous escorter dans l’un des département de la région situé à une centaine de km de la capitale de la province du Mouhoun où nous serons reçus par le Capitaine SANKARA, le Commandant de l’Escadron de Sécurisation Routière et d’Intervention de la 2e Légion de gendarmerie (ESRI 2).

Lors du briefing, la complexité de la manœuvre dans la zone avec notre petit car a été mentionnée par le Capitaine SANKARA. Alors, il faut partir à moto chacun avec son binôme. Dans l’équipe, certains décident de se remorquer et d’autres en binôme avec les unités. C’est ainsi que nous décidons de démarrer pour NaamPanga, reconquis en mars 2025 à l’occasion de l’opération Tourbillon 2.

En route, mon binôme m’informe que la bataille pour reconquérir ce village fut un combat de titan et de longue haleine. Les ennemis de la Nation, au regard de leur impuissance face à l’avancée spectaculaire des forces amies et constatant que le combat était perdu d’avance, vont décider de mener la guerre autrement : poser des dizaines de mines sur les pistes rurales donnant accès à la localité, devenue entre-temps leur fief.

De l’histoire de ce village avec les terroristes, il se raconte qu’une alliance fondée sur la ruse avait été scellée avec les habitants sur la promesse d’être épargnés par les attaques. Mais derrière ce simulacre de protection se cachait une véritable intention. Les terroristes voulaient juste avoir accès au Centre de Santé et de Promotion Sociale (CSPS) du village qui disposait de tous les services nécessaires pour la prise en charge de leurs blessés.

Mais quand la fin de cette alliance sournoise, sous l’impuissance des populations, approcha, les criminels dévoilèrent leurs vrais visages. Les habitants des villages voisins furent déguerpis, d’autres capturés, ligotés et les yeux bandés, remorqués pour traverser le village.

Cette pratique avait été jugée intimidante par certains habitants de NaamPanga qui, au regard des déguerpissements dans les alentours, finirent par déménager. Certains capturés étaient présentés au milieu du marché à visages découverts sous le regard de connaissances, pour qui le poids de ce simulacre d’alliance devenait synonyme de complicité avec les villages voisins et risquait de nuire au vivre-ensemble, aux liens familiaux construits autour des mariages et autres alliances.

Un village libéré, des populations réinstallées et une vie normale qui reprend son cours

Pour que NaamPanga respire et retrouve son humanité d’antan, plusieurs mines ont été désamorcées. Mais malgré la saison pluvieuse, certains cratères étaient toujours visibles sur l’itinéraire que nous avons emprunté pour rentrer dans le village. Malheureusement, trois villageois y ont perdu la vie au cours du mois de juillet en raison de ces engins explosifs, dont un dans son champ et deux enfants à proximité de leur zone de culture. Nous avons constaté leurs tombes (les deux enfants, ndlr) à notre retour, ainsi que le cratère laissé par leur contact avec cet ange de la mort (l’engin explosif, ndlr) utilisé lâchement par l’ennemi.

Toutefois, à notre entrée dans le village de NaamPanga, les mesures de sécurité étaient très renforcées. Au moins deux checkpoints de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ont été installés le long de la route avant l’accès au village. Depuis mars 2025, le village respire une relative accalmie en matière de sécurité et aucun mouvement suspect n’a été signalé, ni d’incursion armée visant à troubler la quiétude des populations. Les forces combattantes ont réussi à repousser l’ennemi au-delà du fleuve Mouhoun.

‹‹ Nous vous remercions pour votre visite dans notre village ››, a, d’emblée, déclaré un responsable local quand nous l’avons approché pour avoir de plus amples informations sur la reprise effective de la vie dans ce village. ‹‹ Dieu a fait sa grâce et le pouvoir (du Capitaine Ibrahim TRAORÉ, ndlr) a fait un travail remarquable et surtout des efforts ont été faits pour sécuriser NaamPanga. Nous avons eu des VDP et même l’armée est présente assurant notre sécurité depuis notre retour et c’est la joie. Nous remercions vraiment les autorités et surtout le Capitaine Ibrahim TRAORÉ pour cette paix restaurée ››, a-t-il ajouté.

Un des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) confirme également ces dires : ‹‹ Depuis 4 à 5 mois que nous sommes là, l’ambiance est bonne et la population en majorité est rentrée au village et en tant que VDP, il n’y a pas de problème. On fait les patrouilles et depuis cinq mois, il y a le calme et vraiment ça va ››, a-t-il souligné.

Autre constat : dans le village, la saison pluvieuse bat son plein et les populations nouvellement réinstallées ont pu cultiver cette année. ‹‹ À partir de mai, les gens ont semé et les cultures sont bonnes et beaucoup sont très satisfaits ››, ajoute le supplétif de l’Armée. Un tricycle en panne et rempli d’arachides nous avait déjà confirmé que la saison s’annonce bonne avec nos constats sur le chemin et dans le village de certaines cultures en état de panicule. Il s’agit, entre autres, de l’arachide, du sorgho, du maïs et du haricot …

Par ailleurs, les activités économiques ont aussi repris dans le marché de NaamPanga ( nom d’emprunt). Ici, le jour du marché est vendredi, mais à notre arrivée, le lundi, quelques boutiques étaient ouvertes, témoignant d’une reprise progressive des activités génératrices de revenus. Sur place, du poisson importé depuis le département de la région était exposé, des femmes préparaient des galettes et des couturiers et couturières menaient leur besogne, signe d’une reprise effective de l’activité économique.

‹‹ Depuis que je suis revenu au mois d’avril, les activités économiques reprennent au fur et à mesure que les populations se réinstallent ››, affirme ce boutiquier, tout en remerciant le Capitaine Ibrahim TRAORÉ et son gouvernement pour les efforts consentis en faveur du retour de la paix dans sa localité. Un autre commerçant témoigne avoir repris une nouvelle activité de commerce après son retour au village. Avant que les terroristes ne déguerpissent le village, il excellait dans la vente du pain, mais depuis son retour, il fait le commerce de poisson séché importé, acheté, a-t-il révélé.

Au niveau des services sociaux de base, surtout la santé, des efforts doivent être faits pour soulager cette résiliente population. Le CSPS, fermé en décembre 2023, fonctionne à nouveau grâce à l’engagement d’un Agent de Santé à Base Communautaire (ASBC). Installé depuis plus de vingt ans dans le village, il a décidé de rester malgré la vandalisation du centre de santé.

‹‹ Je suis revenu après l’installation des VDP en mars 2025. À mon arrivée, j’ai vu le monde, et surtout les enfants, et mon inquiétude était le CSPS qui a été vandalisé par les terroristes. J’ai regardé les matériels, les plaques solaires étaient là, les batteries étaient foutues, mais les matelas et autres avaient été emportés par les terroristes. Mais j’ai décidé malgré tout de rester dans mon village et de soutenir la population ››, a relaté l’Agent de Santé à Base Communautaire.

Situation oblige, il assure les services depuis mars en tenant compte des limites de ses compétences à travers les consultations pour certaines maladies. ‹‹ La population vient pour de petites consultations concernant le paludisme, la pneumonie simple, la diarrhée et les petites plaies. Je ne prends pas tout en charge et chaque vendredi, nous avons un agent de Kasi ( nom d’emprunt) dépêché par le Major pour venir m’assister ››, a-t-il soutenu tout en lançant un appel aux autorités pour un retour des agents de santé et des services sociaux de base pour le bonheur de la population.

En somme, le terrorisme est un passé pour le village de NaamPanga. La sécurité y est consolidée. Cependant, les populations formulent quelques doléances à l’égard des autorités. Le village a besoin d’une reprise effective des services sociaux de base comme la santé, l’école, la route, l’eau potable, car les terroristes ont tout détruit après leur déculottée par les forces combattantes.

Si l’insécurité est un passé, elle a ravivé l’esprit d’union entre les populations et surtout les jeunes qui, après leur retour, ont décidé de mettre en place une association à but communautaire. Aussi, entre populations, le respect mutuel s’est imposé et l’esprit de survie collective guide désormais leurs pas. Face à l’adversité, NaamPanga a décidé de ne plus reculer, mais de défendre sa terre et d’y vivre.

D.A.K ✍

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