AES/ Trois Nations, une âme : quand le Sahel arrache sa liberté
En septembre 2023, le Mali, le Burkina Faso et le Niger scellent une rupture historique. Rejetant un ordre régional qu’ils jugent néocolonial, ces trois régimes militaires fondent l’Alliance des États du Sahel (AES). Quitter la CEDEAO, chasser les troupes françaises, résister aux sanctions occidentales, autant de signaux forts adressés au monde. Le Sahel entend désormais fixer ses propres règles et reprendre en main la totalité de son destin.
Tout commence le 16 septembre 2023. À Bamako, Ouagadougou et Niamey, les trois capitales signent la Charte du Liptako-Gourma, qui institue l’AES comme un pacte de défense mutuelle. Un an plus tard, lors du sommet de Niamey en juillet 2024, l’Alliance franchit un nouveau cap en se transformant en confédération. Le 29 janvier 2025, les trois États officialisent leur retrait de la CEDEAO, dont ils étaient membres fondateurs depuis 1975.
Ce départ n’a rien d’anodin. Il incarne une rupture assumée avec l’ordre régional hérité de la décolonisation. Créée en 2023, l’AES s’impose rapidement comme une force de contestation de cet ordre post-colonial. En se détachant de leurs partenaires occidentaux pour explorer de nouveaux horizons notamment la coopération avec la Russie et la Chine ses États membres affirment leur volonté d’indépendance.
En moins de trois ans, l’Alliance se dote d’un passeport commun, d’une banque d’investissement, d’un hymne, d’un drapeau, d’une chaîne de télévision et d’une force militaire unifiée de 15 000 hommes. L’architecture confédérale existe. Ce n’est pas un simple slogan, mais un chantier vivant et bien réel.
Le deuxième pilier du projet AES est économique. Chacun des trois pays a entrepris de reprendre le contrôle de ses ressources. Le Niger frappe un grand coup en juin 2025 en nationalisant la Somaïr, la société d’uranium jusqu’alors exploitée par le français Orano. Le Burkina Faso dirigé par le Capitaine Ibrahim TRAORÉ adopte un nouveau code minier et multiplie les nationalisations dans le secteur de l’or.
La question monétaire reste, quant à elle, en suspens. Dès février 2024, le Président du Niger, Général d’Armée Abdourahamane TIANI évoque la possible création d’une monnaie commune, affirmant que « la monnaie est un signe de souveraineté » et que les États de l’AES sont engagés dans un processus de reconquête de leur pleine souveraineté.
Sur le plan diplomatique, les signes de rupture se multiplient en 2025. Le Niger est le premier à claquer la porte de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), justifiant son retrait par un acte de souveraineté en réaction à sa suspension. Le Burkina Faso et le Mali du Général d’Armée Assimi GOÏTA emboîtent le pas en mars 2025, dénonçant tous trois ce qu’ils qualifient de politique du deux poids, deux mesures.
Parallèlement à ces ruptures, les chefs d’État de l’AES affichent leur volonté de parler d’une seule voix sur la scène internationale. Lors d’une rencontre à Pékin, ils cherchent à tirer parti de la coopération sino-africaine pour renforcer leur développement économique et sécuritaire.
L’AES n’est pas une expérience politique comme les autres. C’est le cri de tout un peuple et de ses dirigeants, qui ont décidé que la dignité vaut tous les sacrifices. Trois nations riches en détermination ont osé dire non à l’ordre mondial établi. Elles construisent, résistent et avancent – non sans douleur, non sans risque. Mais elles avancent. Et dans ce Sahel que l’on croyait condamné, une certitude s’impose désormais : cette région ne se laissera plus dicter son destin.
O namouno ✍️
