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Burkina Faso/Le 4 Août, une date, deux ruptures : Quand un peuple choisissait son nom et son destin

Chaque 4 août, le Burkina Faso ne commémore pas une simple page de son calendrier. Il célèbre le moment charnière de son histoire contemporaine, celui où la rupture politique a rencontré la refondation identitaire. Entre le déclenchement de la Révolution démocratique et populaire en 1983 et la renaissance symbolique de la Nation en 1984, retour sur les deux actes fondateurs d’un pays qui a choisi de s’inventer lui-même.

Dans la nuit du 4 au 5 août 1983, l’histoire politique de la Haute-Volta bascule. Un coup de force porté par des officiers progressistes, emmenés par le Capitaine Thomas SANKARA et le Conseil national de la Révolution (CNR), met fin aux régimes successifs caractérisés par l’instabilité et la dépendance économique vis-à-vis des anciennes puissances tutélaires.

L’avènement de la Révolution démocratique et populaire (RDP) ne s’impose pas comme un simple changement d’hommes au pouvoir. Il s’agit d’une refondation globale de l’État et des structures sociales. Dès les premiers jours, le pouvoir révolutionnaire lance des chantiers d’envergure. L’accent est mis sur l’autosuffisance alimentaire par la valorisation de la production locale, la promotion des droits des femmes à travers l’interdiction des pratiques néfastes et leur accès à la sphère publique, ainsi que sur l’alphabétisation de masse.

Des campagnes de vaccination à grande échelle mobilisent la population, tandis que la lutte contre la désertification devient un devoir national à travers des opérations de reboisement obligatoire. Le 4 août 1983 incarne ainsi le choix d’une rupture doctrinale avec l’ordre post-colonial.

Un an jour pour jour après la prise de pouvoir du CNR, l’acte politique se double d’un acte identitaire majeur. Le 4 août 1984, la Haute-Volta nom attribué à l’époque coloniale en référence à la cartographie géographique du fleuve Volta est officiellement effacée au profit d’une appellation inédite : le Burkina Faso.

Ce choix n’est pas anodin. Il s’agit d’une démarche linguistique et culturelle inclusive visant à sceller l’unité nationale. Le nom « Burkina Faso » associe harmonieusement plusieurs langues du terroir. « Burkina », en mooré, signifie « intégrité », « honneur » ou « dignité » ; « Faso », en dioula, désigne la « patrie » ou la « maison paternelle ». Quant à « Burkinabè », il est formé du même radical, auquel s’ajoute le suffixe fulfuldé -bè pour désigner les « habitants du pays ».

En combinant le mooré, le dioula et le fulfuldé dans un seul concept étatique, le gouvernement révolutionnaire rassemble les composantes de la société et réaffirme la souveraineté du peuple sur sa propre histoire. Le pays devient littéralement le « Pays des Hommes intègres ».

Dans le même élan, la République adopte de nouveaux emblèmes nationaux destinés à remplacer les symboles hérités du passé. Le drapeau colonial est remplacé par une bannière bicolore constituée de deux bandes horizontales : le rouge en haut, représentant le sang versé par les martyrs pour la libération de la patrie, et le vert en bas, symbole des richesses naturelles et de l’agriculture. Au centre se dresse une étoile d’or à cinq branches, guidant le peuple vers la victoire. Enfin, l’hymne national devient le Ditanyè (l’Hymne de la victoire), un chant patriotique appelant à la mobilisation continue contre l’asservissement.

Plus de quatre décennies après ces événements, la portée du 4 août demeure vivante dans la conscience populaire et le débat public. Au-delà des jugements portés sur l’expérience révolutionnaire, cette date incarne l’instant où un peuple a affirmé sa volonté de prendre son destin en main.

Dans le contexte contemporain, marqué par la quête renouvelée d’une souveraineté affirmée et le renforcement du sentiment patriotique, la mémoire du 4 août rappelle que le nom même du pays constitue un programme moral et une exigence permanente d’intégrité pour l’ensemble de ses citoyens.

Nabi Issouf DIALLO

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