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Burkina Faso/Baporo, la prison-grenier : nourrir le pays, réhabiliter les hommes

À 250 km de Ouagadougou, une prison a troqué les barreaux contre des champs. À Baporo, on purge sa peine en produisant du riz, du maïs, du sorgho et en apprenant un métier. Ici, la sanction devient moisson, et la réhabilitation, une seconde récolte.

À Baporo, on ne compte pas les barreaux. On compte les hectares. Dans le département de Zawara, au cœur de la province du Sanguié, dans la région du Nando, les murs oppressants cèdent la place à des terres arables à perte de vue. Le Centre pénitentiaire agricole de Baporo n’est pas une prison ordinaire.

Fondé en 1986 sous la Révolution du Capitaine Thomas SANKARA, il repose sur une idée simple et audacieuse : allier la sanction pénale à la réhabilitation par le travail. Près de quatre décennies plus tard, sous la Révolution Progressiste Populaire du Capitaine Ibrahim TRAORÉ, alors que le Burkina Faso fait de la souveraineté alimentaire un impératif national, cette vision est devenue un pilier stratégique.

Pour la campagne agricole 2026-2027, Baporo voit grand. Selon les données du ministère de la Justice, pas moins de 550,2 tonnes de céréales et de légumineuses devraient être récoltées sur ses périmètres aménagés. Dans le détail : 225 tonnes de riz sur 90 hectares, 145 tonnes de maïs sur 85 hectares, ainsi que des volumes significatifs de sorgho, de niébé et de sésame.

Destinée à approvisionner les structures étatiques tout en régulant les prix des denrées alimentaires, cette moisson représente l’un des plus grands exploits productifs jamais accomplis par une institution carcérale au Burkina Faso.

Le 22 avril 2026, en route vers Bobo-Dioulasso pour la Semaine nationale de la culture, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, fait une halte remarquée à Baporo. Il visite un champ de maïs de 40 hectares exploité en pleine saison sèche. La prouesse technique est là. Le message politique aussi : l’univers carcéral burkinabè doit produire.

Le 9 octobre 2026, le ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue BAYALA, confirme cette dynamique. Sur place, il salue la résilience et l’effort des détenus, et officialise d’importants investissements, dont la construction imminente d’un bâtiment R+1 de 500 places pour un coût global de 500 millions de FCFA.

Mais la véritable force de Baporo ne se mesure pas seulement en tonnes. Elle se lit dans les mains qui apprennent. Conduite d’engins agricoles, maîtrise des techniques culturales modernes, gestion rigoureuse de l’eau : les pensionnaires acquièrent des qualifications précieuses, véritables remparts contre la récidive.

Ici, la peine se transforme en métier. Le champ devient salle de classe. Et la réinsertion, une promesse concrète.

À Baporo, on ne cultive pas seulement la terre pour nourrir le pays. On y sème l’espoir. On y façonne des citoyens nouveaux. Une prison-grenier. Une école de vie. Une leçon burkinabè.

Nabi Issouf DIALLO

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