[#Burkina_Faso] Quand le pinceau devient une arme : À Ouagadougou, les «VDP de la peinture » réveillent la mémoire panafricaine
Sur l’avenue Burkina, à deux pas du Mémorial Thomas SANKARA, une vingtaine d’artistes transforment le béton en panthéon panafricain. Bien plus qu’une fresque : un acte de résistance mémorielle.


Le béton n’a qu’à bien se tenir. Sous les coups de pinceau d’une dizaine d’artistes plasticiens, épaulés par dix assistants, un mur entier prend vie. Thomas SANKARA, Norbert ZONGO, Miriam MAKEBA et d’autres figures tutélaires de la lutte africaine surgissent peu à peu du silence. Ici, on ne décore pas : on grave la mémoire collective dans l’espace public.


Le projet, baptisé « Le Panthéon des figures panafricaines et révolutionnaires », est initié par le ministère en charge de la Culture dans le cadre de l’embellissement de Ouagadougou. Objectif affiché : célébrer la mémoire collective, le patriotisme et l’éveil des consciences.
À la tête de ce commando artistique, Sié PALENFO, alias Decor, artiste plasticien et muraliste, commissaire général du Festival des Arts du Sud-Ouest. C’est lui qui a forgé le concept qui soude l’équipe.


« VDP de la peinture, c’est un terme que j’ai créé pour nommer mes équipes et tous ceux qui s’engagent à peindre pour faire le combat », explique-t-il.
Pour lui, l’enjeu dépasse largement l’embellissement urbain.
« C’est notre contribution dans le cadre de la lutte pour la souveraineté. Nous devons dominer sur le plan militaire, mais aussi sur le plan culturel et éducatif. Éduquer passe par les images et les écritures. Chaque fois que nous avons des murs à peindre pour rendre hommage aux FDS, aux héros nationaux ou valoriser nos symboles, c’est notre participation à la lutte. »


Sur le mur, pas de place au hasard. Chaque portrait obéit à une organisation rigoureuse. Le chef de projet adjoint, le camarade Professeur Cosmaquette, détaille la méthode.

« La technique utilisée ici pour les portraits rassemble du pochoir et de la sérigraphie. Les images sont préalablement choisies et traitées pour respecter nos palettes de couleurs. Ce mur dédié aux figures panafricaines vise à réveiller l’esprit de dignité et de prise de conscience au sein de la jeunesse. Ces images font partie de notre mémoire collective, nous y puisons des éléments pour faire face aux défis actuels. »
Mais Dame Nature ne fait pas de cadeau. La saison des pluies complique le chantier et met les nerfs à rude épreuve.


« Le plus grand défi, c’est le climat. C’est la période des pluies et cela nous gêne beaucoup. Mais avec une équipe forte et déterminée, même sous la pluie, nous sommes là pour livrer le travail dans les délais », ajoute l’adjoint.
Au milieu des échafaudages, les artistes exécutants vivent ce chantier comme une mission. Frédéric KOAMI, pinceau à la main, raconte.


« Dès mon arrivée, je prends mes pinceaux pour attaquer les portraits qui m’ont été attribués. Quand on fait un portrait, c’est la finition qui importe : l’image doit ressembler exactement à la personnalité qu’on peint. Lorsque l’on voit le visage prendre forme et refléter la réalité sous nos doigts, cela procure une grande joie, quelque chose qu’on ne peut pas décrire. »

Et le chantier du Mémorial Thomas SANKARA n’est qu’un début. Les « VDP de la peinture » veulent essaimer. Pour Sié PALENFO, l’art doit devenir un réflexe dans l’aménagement du territoire national : autoroutes, édifices publics, écoles. Il s’agit d’inscrire l’identité et les héros burkinabè dans le quotidien de chaque citoyen.


À Ouagadougou, la souveraineté culturelle a désormais une couleur, une texture, une odeur de peinture fraîche. Et elle s’expose à ciel ouvert.
Nabi Issouf DIALLO ✍️
Crédit photo 📷 : Boubié Benjamin BATIONO
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