Côte d’Ivoire : Tidjane THIAM défie OUATTARA en déposant sa candidature malgré les obstacles judiciaires et politiques
Le paysage politique ivoirien vient de connaître un tournant majeur avec le dépôt officiel de la candidature de Tidjane THIAM, porte-étendard du PDCI-RDA, pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Ce geste, intervenu le 24 août devant la Commission Électorale Indépendante (CEI), a valeur de défi politique et symbolique. Malgré sa radiation controversée de la liste électorale provisoire en avril dernier par la justice ivoirienne, sur fond de supposée non-renonciation précoce à sa nationalité française, THIAM a choisi de s’affirmer comme candidat unique de son parti. Ce dépôt cristallise désormais l’affrontement entre deux visions de la Côte d’Ivoire, celle d’un pouvoir verrouillé par Alassane Dramane OUATTARA et son parti, le RHDP, et celle d’un retour à la réconciliation et à l’équité portée par l’opposition.
Le PDCI-RDA, en serrant les rangs derrière son leader malgré des contestations internes, veut faire de Tidjane THIAM un symbole de changement au-delà du simple rôle de présidentiable. Le parti insiste sur le caractère illégal et antidémocratique de la radiation orchestrée, selon lui, pour écarter un adversaire sérieux. Le soutien affiché du réseau des cadres « Notre Héritage » en est la preuve, pour une large frange du parti, Thiam incarne la possibilité d’un retour crédible au pouvoir et d’un rééquilibrage des institutions après des années d’hégémonie RHDP.
La réaction du camp présidentiel est sans surprise, agressive et condescendante. Par la voix de Mamadou TOURÉ, porte-parole adjoint, le RHDP a dénigré THIAM, l’accusant de méconnaître la réalité ivoirienne après vingt années passées à l’étranger. Cet argument, qui tient plus de l’attaque personnelle que du débat d’idées, illustre la nervosité d’un régime fragilisé. Le parti au pouvoir tente de présenter les exclusions de candidats comme une exigence légale alors qu’elles apparaissent surtout comme un calcul politique pour préserver la mainmise de Alassane OUATTARA sur le processus électoral.
Le fond du problème est là, un président sortant qui a fait de l’exclusion de ses opposants un mode de gouvernance, étouffant toute possibilité de compétition loyale. L’éviction de THIAM de la liste électorale s’inscrit dans une longue tradition de manipulation des institutions à des fins partisanes. Or, la Côte d’Ivoire ne pourra prétendre à une stabilité durable tant que les élections resteront l’otage de tels stratagèmes. L’appel de Tidjane THIAM au Comité des droits de l’homme des Nations unies, qui a exhorté le pays à respecter ses droits politiques, souligne combien la crédibilité du scrutin est déjà compromise.
En réalité, le dépôt de candidature de Tidjane THIAM révèle les failles d’un système où l’appareil judiciaire et la CEI sont instrumentalisés au service du pouvoir en place. Alassane Dramane OUATTARA, en verrouillant le jeu électoral, prend le risque de rallumer les braises d’une crise politique que la Côte d’Ivoire peine encore à cicatriser. Face à ce verrouillage, l’acte de Tidjane THIAM est moins un geste administratif qu’un acte de résistance politique, ouvrant un nouvel épisode d’un bras de fer dont l’issue sera déterminante pour l’avenir démocratique du pays.
Kaki ✍🏼
Faso Voxpress