Coopération/l’Union Africaine aux portes de Ouagadougou : une visite sous le signe du respect de la réalité du terrain burkinabè
La venue du Président en exercice de l’Union africaine à Ouagadougou pour s’entretenir avec le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, Président du Faso, n’est pas une escale diplomatique ordinaire. C’est d’abord la reconnaissance d’un fait politique, le Burkina Faso, malgré la suspension de certaines instances, reste un acteur dont la trajectoire pèse sur l’équilibre du Sahel et, par ricochet, sur celui du continent.
Le choix de venir échanger directement avec le Chef de l’État burkinabè traduit une exigence de lucidité. Après des années de communiqués et de sanctions, l’UA teste la voie du dialogue direct, celle qui prend la mesure réelle du terrain.
Plusieurs raisons pourraient expliquer les enjeux de la visite. La raison sécuritaire pourrait être évoquée. L’AES et sa force unifiée de 15 000 hommes redessinent la carte de la riposte au terrorisme. L’UA ne pourrait ignorer ni combattre cette dynamique.
Ainsi, venir à Ouagadougou, c’est chercher à comprendre comment l’architecture continentale de paix peut s’articuler avec une initiative sous-régionale qui revendique sa souveraineté opérationnelle.
L’autre raison pourrait être politique. Le Burkina Faso, assume une gouvernance qui récuse le mimétisme institutionnel et revendique un agenda endogène fondée sur une volonté souverainiste.
L’Union africaine devrait comprendre cette posture de l’Alliance des Etats du Sahel et savoir s’y adapter pour une coopération franche avec les Etats du Sahel. C’est dire donc que l’UA devrait s’accommoder avec la nouvelle vision souverainiste de l’Alliance des Etats du Sahel, sinon c’est sa capacité à accompagner des régimes souverainistes, sans renoncer à ses principes qui serait mise à l’épreuve.
L’autre point non moins important pourrait être de nature économique et symbolique. À l’heure où le Burkina rationalise ses fonds en mettant l’accent sur la mobilisation endogène des ressources financières sous la Révolution Progressiste et Populaire, l’UA vient vérifier si ce discours se traduit en actes structurants pour la jeunesse, l’emploi et la souveraineté alimentaire.
Alors, cette visite s’inscrit-elle dans la vision panafricaniste portée par le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, président du Faso ? Le panafricanisme qu’il défend n’est pas folklorique mais celui des actes à savoir la souveraineté sur les ressources, la défense collective sans tutelle, avec la priorité aux masses.
En acceptant de recevoir l’UA et de porter ses arguments sans détour, Ouagadougou rappelle que l’unité africaine ne se décrète pas depuis Addis-Abeba, elle se négocie entre égaux, sur la base des réalités du terrain et surtout en s’alignant aux aspirations profondes des populations.
Si la visite débouche sur un mécanisme de coordination entre l’UA et l’AES, sur un appui technique sans conditionnalité politique, et sur la reconnaissance du droit des peuples sahéliens à expérimenter leur propre voie, alors oui, elle entrera dans le logiciel panafricaniste. Le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, Président du Faso a fait du pragmatisme un pilier de sa vision. L’Afrique doit parler à l’Afrique, mais surtout l’Afrique doit se défendre elle-même.
Que le Président en exercice de l’UA vienne l’entendre à Ouagadougou est déjà un aveu. Reste à savoir si l’Union accompagnera ce mouvement ou le regardera passer.
Soumoubienkô KI
