Espace Culturel Chez KOMI : quand l’art défie l’abandon, Ibrahim KOMI redéfinit un dépotoir à Karpala
L’ancien dépotoir de Karpala, dans l’arrondissement 11 de Ouagadougou, relevait d’une esthétique de l’abandon, faite de déchets, d’odeurs et de silence social. Aujourd’hui, ce même lieu s’impose comme une œuvre à ciel ouvert, un territoire réinventé où l’art plastique dialogue avec la nature et redéfinit les usages de l’espace. À l’origine de cette mutation, l’artiste plasticien Ibrahim KOMI, dont la démarche s’inscrit dans une logique à la fois artistique, environnementale et sociale.

L’Espace Culturel Chez KOMI ne se contente pas d’être un site aménagé ; il se lit comme une installation immersive permanente. Chaque élément, chaque structure, chaque matière recyclée semble participer à une écriture plastique globale. L’artiste y déploie une esthétique de la transformation, où le rebut devient ressource, et où le geste créatif agit comme un acte de réparation symbolique et territoriale.

Parmi les pièces majeures du site, le bateau de croisière constitue une œuvre centrale, tant par son envergure que par sa charge symbolique. Il rend hommage aux migrants, inscrivant dans l’espace une mémoire contemporaine marquée par les traversées, les espoirs et les drames. Cette sculpture monumentale dialogue avec d’autres installations, notamment des cascades artificielles et une piscine, qui introduisent une dimension sensorielle et contemplative à l’ensemble.
L’approche de Ibrahim KOMI intègre également une scénographie du vivant. La présence d’aquariums, de poissons et d’une faune variée (oies, canards, chevaux, zèbres, singes, félins, porcs-épics, mangoustes et paons), participe à la construction d’un écosystème hybride, à mi-chemin entre parc animalier et espace artistique. Cette coexistence entre œuvres et êtres vivants renforce le caractère expérientiel du site, où le visiteur devient acteur d’une exploration à la fois esthétique et pédagogique.
La dimension paysagère n’est pas en reste. La flore, soigneusement intégrée, contribue à adoucir l’empreinte initiale du lieu et à inscrire l’ensemble dans une dynamique écotouristique. Le site offre ainsi un cadre propice à la détente, enrichi par une offre gastronomique et des boissons rafraîchissantes, qui prolongent l’expérience dans une logique de convivialité.
Au-delà de sa portée artistique, l’Espace Culturel Chez KOMI s’affirme comme un levier de développement local. Il génère des emplois, notamment pour le personnel d’entretien et de gestion, et participe à la requalification socio-économique de la zone. L’artiste poursuit par ailleurs son travail de création avec de nouveaux projets, dont “l’espace mon village”, annonçant une extension de cette réflexion sur l’identité, la mémoire et le vivre-ensemble.
En transformant un dépotoir en site culturel attractif, Ibrahim KOMI ne signe pas seulement une prouesse esthétique. Il propose une lecture engagée de l’art contemporain africain, capable d’investir les marges pour en faire des centres, et de convertir les stigmates urbains en espaces de sens, de beauté et de transmission.
Ismaël KIEKIETA ✍🏼
Boubié Benjamin BATIONO📸
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