Réforme universitaire : entre exigence de qualité et nécessité d’adaptation, un moratoire d’un an accordé
Le gouvernement burkinabè temporise sans renoncer à ses ambitions de réforme. Face aux remous suscités par l’application du nouveau régime des études universitaires, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a annoncé, le 5 mai 2026 à Ouagadougou, un moratoire d’une année sur certaines mesures d’exclusion jugées trop abruptes. Une décision assumée et expliquée lors d’une conférence de presse conduite par Honorat Roger Charles NÉBIÉ, Directeur de cabinet du ministre.

Au cœur des préoccupations, les articles 36 et 37 des arrêtés adoptés en août 2025, qui instaurent une exclusion automatique des étudiants ayant obtenu 0/20 dans une proportion élevée d’éléments constitutifs : plus de 40 % en Licence et 30 % en Master. Pensées pour assainir le système et responsabiliser les apprenants, ces dispositions ont produit des résultats inattendus dès leur première mise en œuvre.
Les premières analyses révèlent en effet une réalité préoccupante : entre 10 % et 33 % des inscrits enregistrent des notes nulles dans la totalité des unités d’un semestre, tandis qu’une proportion encore plus large cumule des zéros dans une part significative des enseignements. Pour les autorités, ces chiffres traduisent moins une sévérité excessive du dispositif qu’un problème structurel d’assiduité, de préparation et parfois d’orientation des étudiants.
Mais la surprise des acteurs universitaires, insuffisamment préparés à ces nouvelles exigences, a conduit l’exécutif à revoir son calendrier. « Les dispositions des deux arrêtés sont pertinentes. Mais leur application au titre de l’année académique 2025-2026 a visiblement surpris les acteurs. Beaucoup n’étaient pas préparés. Face à cette situation, le gouvernement a décidé d’accorder un moratoire exceptionnel d’une année académique », a expliqué le Dr NÉBIÉ.
Ce sursis vise à offrir un temps d’adaptation aux étudiants comme aux institutions, tout en préservant l’objectif central de la réforme : améliorer la qualité des formations et fluidifier les parcours académiques. Les étudiants concernés par une exclusion cette année pourront ainsi se réinscrire et poursuivre leur cursus.
Loin d’un recul, ce moratoire apparaît comme un ajustement stratégique. Il donne au système universitaire burkinabè l’opportunité de mieux intégrer des réformes ambitieuses, sans compromettre leur efficacité ni leur acceptabilité sociale.
Ismaël KIEKIETA ✍🏼
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