Crise du Golfe : quand la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest regarde ailleurs et oublie ses propres urgences
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sous la présidence de Julius Maada Bio, a publié le 28 février 2026 à Abuja une déclaration exprimant sa vive préoccupation face à l’escalade des hostilités dans la région du Golfe. Alignée sur la position de la Commission de l’Union africaine, l’institution appelle à la retenue, au respect du droit international et à la reprise du dialogue diplomatique.

Sur le principe, difficile de contester un appel à la paix. Mais une question s’impose avec insistance, où est la même fermeté lorsque l’insécurité ravage les pays membres sous ses yeux ?
Du nord du Nigeria aux confins du Bénin, en passant par certaines zones frontalières de la Côte d’Ivoire, les groupes armés multiplient les attaques. Les populations civiles paient un lourd tribut, les déplacements massifs se poursuivent et les économies locales s’essoufflent. Au Nigeria, l’insécurité chronique continue de faire des victimes, malgré les opérations militaires répétées.
Le Bénin lui-même n’est plus épargné. À Kouandé, dans le nord du pays, une attaque terroriste a visé le commissariat, totalement incendié par les assaillants.
Pourtant, les communiqués vibrants et les appels solennels se font plus rares, plus prudents, parfois inexistants lorsqu’il s’agit des drames quotidiens vécus par des millions d’Ouest-Africains.
Pourquoi cette promptitude à s’émouvoir des tensions au Moyen-Orient, alors que les tragédies régionales semblent reléguées au second plan ? La CEDEAO évoque les risques pour les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement. Faut-il comprendre que la stabilité des flux commerciaux pèserait davantage que la sécurité des citoyens ouest-africains ?
Cette posture donne le sentiment d’une organisation davantage soucieuse de sa visibilité diplomatique sur la scène internationale que de la détresse concrète de ses propres peuples. La crédibilité d’une institution se mesure à sa capacité à affronter ses priorités immédiates.
Avant de se projeter vers le Golfe, la CEDEAO gagnerait à regarder avec lucidité la réalité brûlante de son propre espace. Les peuples d’Afrique de l’Ouest attendent des actes, pas seulement des déclarations.
Kaki ✍🏼
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